AYAHUASCA

L’ayahuasca ou yagé est un breuvage à base de lianes consommé traditionnellement par les chamanes des tribus indiennes d'Amazonie, utilisé pour sa capacité curative associée aux croyances et pratiques locales.

Par extension, ayahuasca est le nom donné aux lianes du genre Banisteriopsis dont l'écorce sert principalement à la composition de cette boisson.

Le breuvage, en lui-même, est connu sous différents noms en fonction des régions et des groupes ethniques : ayahuasca, ayawaska, yajé (Tukano), jagé, caapi (langues tupi), natema, natem (Jivaro), purga, pinde, Santo Daime.

COMPOSITION

L’activité pharmacologique de l’ayahuasca est particulière du fait qu’elle dépend d’une interaction synergique entre les alcaloïdes actifs des plantes qui constituent le breuvage. L’un des constituants - les feuilles de Psychotria viridis ou une espèce apparentée - contient l’alcaloïde N,N-diméthyltryptamine (DMT), qui se trouve être inactif lorsqu’il est ingéré oralement, car il est rapidement dégradé par des monoamines oxydase (MAO) périphériques, naturellement présentes dans l’appareil digestif. L’absorption simultanée de β-carbolines, inhibitrices puissantes des MAO, apportées par le deuxième constituant du breuvage - l’écorce de la liane Banisteriopsis caapi - confère à la DMT une protection contre la dégradation enzymatique et lui permet alors d'exercer son effet sur le système nerveux central. Cette interaction est la base de l’action psychotrope de l’ayahuasca.

EFFETS

L'ingestion d'ayahuasca qui est purgatif et hallucinogène entraîne une sorte d'ébriété (mareacion), avec des nausées et vomissements. En raison de son amertume, l'écorce fraîche est parfois chiquée ou réduite en poudre pour être prisée comme c'est le cas dans certaines parties de l'Orénoque. La prise de la plante se fait dans un cadre rituel, de préférence dirigé et contrôlé par un chaman. Lorsque l’ayahuasca est consommé en groupe dans un rituel, les vomissements sont considérés comme faisant partie de l’expérience.

Les effets apparaissent rapidement après ingestion (à partir de 30 minutes) et se poursuivent pendant plusieurs heures. On distingue deux types d'effets : les effets psychotropes centraux et les effets périphériques.

TOXICITE

Aucun cas de décès à la suite de l'ingestion d'ayahuasca n'a été documenté ou rapporté dans la littérature ethnographique ou médicale. La seule complication aiguë sérieusement documentée et publiée concerne l'interaction entre l'ayahuasca et certains ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), prescrits dans la médecine occidentale comme antidépresseurs. (...)

L'ensemble des études pharmacocinétiques et psychologiques conduites par des chercheurs de différents pays et pratiquées sur des sujets humains ont conclu que l'ayahuasca ne présentait pas de toxicité, ni aiguë, ni à long terme. L'ayahuasca est de plus reconnue comme non addictive.

UTILISATION

L'usage chamanique par les populations amazoniennes

Cet usage traditionnel et lié aux échanges avec les esprits de la surnature, permettrait d'accéder à des fonctions thérapeutiques, mais aussi à celles permettant de se concilier la faveur des esprits. Selon certaines tribus indigènes, l’ayahuasca leur ouvrirait des portes d’une réalité « plus solide » ou « plus complète » que celle que nous laisse entrevoir nos sens à l’ordinaire, leur permettant de communiquer avec les esprits ou les ancêtres. L’idée centrale du chamanisme est d’établir un contact avec le monde surnaturel à travers les expériences extatiques d’un intermédiaire professionnel, le chamane. (...) Le chamane et le patient absorbent le breuvage et tous deux tombent dans un état de transe pendant lequel le chamane apprend les causes de la maladie et le moyen d’y remédier par l’utilisation des plantes de la forêt39. Chez d’autres tribus, seul le chamane consomme la boisson, avant de diagnostiquer son patient. Le rituel de l’ayahuasca intervient aussi dans l’initiation au chamanisme. Cependant l'ayahuasca n’est pas seulement un outil de chamane, elle touche en fait à tous les aspects de la vie des peuples qui en usent. (...)

L'usage des adeptes de religions syncrétiques

Au Brésil, de récents mouvements religieux syncrétiques, dont les plus importants et les plus visibles sont l’église de Santo Daime, União do Vegetal (UDV) et Barquena ont incorporé l’ayahuasca dans leurs pratiques rituelles. Dans ces groupes religieux, les traditions indigènes de l’ayahuasca sont couplées avec des éléments culturels judéo-chrétiens et d’autres non indigènes provenant d’Afrique. Pendant leurs cultes, les membres consomment de l’ayahuasca dans des rituels de groupes, à des intervalles réguliers, d’une manière qui ressemble plus à l’Eucharistie chrétienne qu’à l’usage indigène. L'ayahuasca rebaptisée Santo Daime (même nom que la religion elle-même), est utilisée comme sacrement, à l'instar de l'hostie dans la religion catholique. Les cultes sont célébrés sur une base hebdomadaire ou bimensuelle pendant lesquels tous les adultes consomment l’ayahuasca.

Les membres appartenant à ces nouveaux groupes syncrétiques regroupent tous les milieux socio-économiques. Sur les ~ 7000 membres que compte l’UDV, 5-10 % sont des professionnels de la santé, tel que des médecins, des psychiatres, des psychologues, etc. La plupart de ces individus sont entièrement convaincus du bénéfice psychologique de ces pratiques et évoquent un grand intérêt pour les études scientifiques sur l’ayahuasca. Ces personnes ne voient pas de conflits entre science et religion. Pour ces raisons, le groupe UDV représente un contexte idéal pour conduire des études sur les effets aigus et à long terme de la consommation de l’ayahuasca. Une étude menée sur des membres de l’UDV, a montré qu’il n’y avait pas d’évidence de toxicité à la suite de l’utilisation de l’ayahuasca, ni pendant les sessions, ni à long terme. Dans le contexte de l’UDV, le breuvage est consommé régulièrement par tous les hommes et les femmes et apparait être sans effets négatifs pour la santé. Des évaluations et tests psychologiques n’ont montré aucune évidence de diminution cognitive chez les buveurs d’ayahuasca à long terme. Il a été observé, par ailleurs, un changement positif de comportement et de style de vie chez les membres de l’UDV, ainsi qu’une diminution significative de symptômes psychiatriques mineurs et un changement d’attitude impliquant une augmentation de la confiance et de l'optimisme chez les membres de Santo Daime. Une étude similaire a été conduite sur une communauté de l'Église Santo Daime de l'État de l'Oregon aux États-Unis. Bien que l'étude présente de nombreuses limitations, les résultats semblent indiquer un état de parfaite santé physique et mental chez les adhérents, ainsi qu'un score d'anxiété relativement faible, et même une rémission chez certains membres qui présentaient des troubles psychiatriques ou d'abus de substances antérieurement à leur appartenance à l'Église.